vendredi 6 avril 2018

« Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire »

Il est souvent avec elle, ils attendent le Tram. Je ne serais dire si je les sens proches ou si c’est juste de l’amitié entre deux collègues. Je ne suis pas jaloux, ni triste ni trop envieux, juste curieux. Il est un mystère quand je le vois marcher seul, quand il est plongé sur son portable, mal à l’aise à l’idée de lever les yeux et de croiser le regard de quelqu’un, quand il s’en va déjeuner en solitaire. Je m’interroge sur ce que doit être sa vie, ce qu’il fait de son temps libre, de ses weekends. Moins qu’une obsession c’est devenu davantage un ami imaginaire. Il me remarque maintenant, il me dit bonjour, il me voit. Amener à mon esprit une image de son sourire, un souvenir d’un regard me suffit parfois pour m’apaiser. Le désir est là je ne peux pas le nier mais je n’en suis pas au point d’en soupirer d’impatience. Pour être honnête, il pourrait flirter avec elle ou non, être homo ou pas, je ne peux pas ignorer non plus l’intuition d’être loin de ses préoccupations, un personnage de son décor professionnel. C’est ce qui me rassure en quelque sorte et m’apaise : laisser aller les jours comme ils viennent, ne pas laisser mes pensées sans contrôle et suivre leur propre pente qui aboutirait dans une impasse obscure pour finir par graviter autour de l’angoisse, à proliférer et à s’amplifier. Juste prendre un jour après l’autre et apprécier les sensations sans frustrations, sans espoir… laisser faire la vie, sans la contrarier en nageant à contre courant ; marcher en sa compagnie en toute confiance, persuadé qu'elle seule sait ce qui est juste.