jeudi 22 août 2013

Tu lis trop de livres # 2

Tu sais ce que je pense ? La plupart des gens, à quelques exceptions près, traversent la vie persuadés que l’existence et le monde sont ou doivent être fondamentalement logiques et consistants. C’est l’impression que j’ai quand j’entends parler les gens qui m’entourent. Dès qu’il arrive quelque chose, dans la société ou sur un plan individuel, il y a toujours quelqu’un pour dire : « il s’est passé ceci, et par conséquent, il en a découlé cela », et les autres acquiescent en disant : « Oui, bien sûr, c’est logique. » Mais moi, je trouve que ça n’explique rien. C’est comme de mettre un mélange instantané pour flan dans un ramequin à couvercle et le de le passer au micro-onde. Quand la sonnerie retentit, on soulève le couvercle et on est sûr de trouver un flan dessous. Mais qui sait ce qui s’est passé entre-temps sous le couvercle ? Si ça se trouve, le flan s’est métamorphosé en macaronis au gratin avant de redevenir un flan au moment où retentit la sonnerie. Moi, je me sentirais plutôt soulagée si, au moins une fois, je découvrais des macaronis au gratin à la place du flan. Evidemment, je serais sans doute un peu surprise mais pas tellement déconcertée, je crois. En un sens, ça me paraîtrait beaucoup plus réel. Expliquer par un raisonnement logique en quoi ça serait plus réel me paraît extrêmement difficile mais si tu prends comme exemple le chemin qu’a suivi ma vie jusqu’à présent, et que tu réfléchis bien, tu comprendras facilement ce que je veux dire : il n’y a pas le moindre brin de logique là-dedans. […] Peut-être qu’il existe deux sortes de gens, et que pour les uns le monde est logique façon flan, et pour les autres, imprévisible façon gratin de macaronis. 
Haruki Murakami   « Chroniques de l’oiseau à ressort », Chapitre 19 – La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Quelque chose à ajouter ?